Voici un stage en août qui devrait intéresser tous les amoureux de la chanson…

 

Aux magiciens des mots, aux accoucheurs de notes, aux chanteurs, aux diseurs, aux musiciens et aux amoureux de la langue française, la première semaine et la dernière semaine d’août, l’Institut Musical (Genval – Belgique) propose le stage « DES MOTS AUX SONS », l’occasion rêvée de vivre ensemble l’aventure de la réalisation d’un CD audio autour de jeux d’écriture et d’arrangements musicaux 

 Toutes les infos sur www.institutmusical.be en cliquant sur l’onglet « Stages ». 

 

 Qui a vu le film de Caro et Jeunet « La cité des enfants perdus » se souvient de la tronche mal lunée du chef des cyclopes. Qui a eu les oreilles percées par le rock décalé et déchaîné des Garçons Bouchers revoit encore jongler entre une flopée d’instruments leur auteur-compositeur à la carrure imposante. Qui a été pris aux tripes par les mots de gorge* du chanteur du groupe Pigalle guette avec impatience une nouvelle livrée de chansons. On ne dira jamais assez l’importance de cet homme passionné qui, tel un nouvel Atlas, a réussi à porter tant de projets d’envergure aussi différents. Boulimique et prolifique, François Hadji-Lazaro (FHL) est une boule-musique, un monde à lui tout seul. Et quand on sait en plus qu’il fut le fondateur du mythique label indépendant Boucherie Productions qui, en 2001, après quinze années d’acharnement, dut fermer ses portes, écrasé sous le poids des majors, on ne peut que lui dire : « Chapeau et merci ! ».

Revenons sur le parcours du bonhomme. Au début des années 80, le jeune François, qui a dévoré tout Bob Dylan, Malicorne et Fréhel, débarque à Paris avec sa hotte remplie d’instruments, passionné par les musiques traditionnelles américaine et européenne. Aujourd’hui, l’homme-orchestre en maîtrise plus de 25 (guitares, violon, accordéons diatonique et chromatique, concertina, vielle à roue, dulcimer, cornemuse, banjo, violon, ukulélé, oud, steel, mandoline, etc.). Au début, il joue dans le métro et dans un groupe folk nommé Pénélope. En 1982, il donne naissance au groupe Pigalle qui propose un mélange réussi de rock et de chanson française sombre et nostalgique du Paris des années 30 et 50. À la même époque, il accumule les petits rôles au cinéma. Et pour gagner sa vie, il s’improvise sonorisateur et fait videur dans une boîte de nuit qui accueille tous les groupes de rock hard-punk du moment. C’est alors que François en prend plein la gueule et s’en réjouit. Au fil des rencontres, il crée, en 1985, Les Garçons Bouchers (avec d’abord Eric Blitz et puis Piero Sapu au chant) dont le punk incisif et l’humour grinçant tranche avec le répertoire de Pigalle. Le succès tombera sur la tête des Bouchers avec La bière, une ode à la boisson mais aussi au cercueil qui devient un véritable hymne pour les keupons de l’époque. Les fans réclament des disques et François, farouchement indépendant, décide, la même année, de créer son propre label de production de disques, tournant le dos aux multinationales. Ce sera Boucherie Productions qui prend rapidement de l’ampleur et montre une ouverture d’esprit exceptionnelle accueillant sous son aile des artistes aussi variés que La Mano Negra, Paris Combo, Les Elles, Sttellla, Gabriel Yacoub, Wally, Les Tétines Noires, Freedom For King Kong. Dans la foulée, il rejoint Manu Chao pour un projet folk rock déjanté : Los Carayos. Devant mener de front trop d’activités, François décide alors de mettre fin à Pigalle, enregistrant un soi-disant dernier album. Ce sera « Regards affligés… » qui sortira le groupe de l’ombre grâce à la chanson Dans la salle du bar-tabac de la rue des martyrs. FHL jonglera dès lors entre les trois groupes jusqu’à la fin des Carayos au début des années 90. Quant aux Garçons Bouchers, ils se séparent en 1995. Et Pigalle donne son dernier concert à l’Olympia en mars 1998. De cette période, il faut aussi retenir « François détexte Topor » (1996), un album inspiré et puissant où FHL met en musique des textes glauques et barrés de Roland Topor.

En 2001, une page est tournée. Amer devant les réalités du marché, mais fier d’avoir tenu quinze ans en toute liberté créatrice et heureux d’avoir pu faire connaître une multitude de talents, FHL est aujourd’hui conscient que fonder un nouveau label serait suicidaire. Il poursuit alors sa route en solo et signe chez Island/Universal pour quelques albums et la réédition de la discographie de Pigalle et des Garçons Bouchers. Certains le lui reprochent. C’est oublier que le lascar, quelques années plus tôt, avait refusé d’être racheté par la major, préférant par intégrité donner une belle mort à Boucherie Productions, en faisant en sorte que chaque groupe puisse partir sans y perdre des plumes. Si FHL a signé chez son pire ennemi, c’est qu’il ne voit malheureusement plus d’autres chemins solides pour faire exister l’artiste qui bout toujours en lui.

Aujourd’hui, Pigalle repart en tournée après dix ans d’absence et sort « Neuf & occasion », un double album composé d’une compilation mêlant dix-huit titres anciens du groupe à six nouveaux titres inédits et d’un DVD documentaire dressant un portrait fort attachant de l’homme-orchestre, augmenté des sept clips de Pigalle. D’emblée, il faut avouer que les nouveaux titres entièrement joués par FHL sont clairement dans la lignée des trois excellents albums solo que le chanteur a sortis depuis 2002 (« Et si que… ? », « Contre-Courant » et « Aigre-doux »). Trois chansons sortent du lot. Dans Madame Louise, elle est exquise, chantée de concert avec son jeune fils Pierre et Emily Loizeau, FHL aimerait tant mettre le doigt dans la prise du réchauffement climatique. Sens comme le temps, il est lourd voudrait voir revenir Rachid, travailleur sans-papiers reconduit à la frontière. Et dans la berceuse Dors, petit bled, il chante avec amertume que « Le nouveau siècle fait bombance/Sans en avoir vraiment compris le sens ». En réécoutant les titres anciens, avec le recul, on se rend compte à quel point Pigalle fut un des précurseurs majeurs de la chanson néoréaliste tendance rock musette. Et force est de constater, que si le son et l’énergie changent selon les périodes, Pigalle est avant tout un groupe porteur de la personnalité créatrice et des convictions de FHL. Reformer Pigalle, c’est histoire pour lui de se sentir moins seul, de rejouer ses morceaux avec les potes, de profiter de la notoriété du groupe pour mieux exister. S’il y a ici supercherie, elle est tout à fait légitime. L’âme, la plume, la voix, les couleurs musicales de Pigalle, c’est FHL. Et FHL a continué, en quelque sorte, à faire du Pigalle.

Sur scène, le bougre n’hésitera pas à puiser dans le répertoire de chacune de ses aventures. Ce sera l’occasion de (re-)découvrir une multitude de perles d’une force poético-réaliste, sombre et mélancolique inégalée dans le paysage francophone. Histoire de se rappeler qu’on a affaire à une personnalité rare, tranchante et généreuse.

 * Mots de gorge est un recueil rassemblant les 78 textes écrits par FHL interprétés avec Pigalle ou sous son patronyme jusqu’à l’album « Et si que… ? » (Éditions Christian Pirot, 2002).

DISCOGRAPHIE

Pigalle

Pigalle (Boucherie Productions, 1986)

Regards affligés (Boucherie Productions, 1990)

Pigallive (Boucherie Productions, 1992)

Rire et pleurer (Boucherie Productions, 1993)

Alors (Boucherie Productions, 1997)

Neuf & occasion (AZ, 2008 )

Les Garçons Bouchers

Les Garçons Bouchers : 1er album (Boucherie Productions, 1987)

Tome 2 (Boucherie Productions, 1988 )

Live (Boucherie Productions, 1989)

La saga (l’intégrale) (Boucherie Productions, 1990)

Les cinq plus grosses bêtises (5 titres) (Boucherie Productions, 1990)

On a mal vieilli (Boucherie Productions, 1990)

Vacarmélite ou la nonne bruyante (Boucherie Productions, 1992)

Écoute, petit frère ! (Boucherie Productions, 1995)

Los Carayos

Persistent et signent (Boucherie Productions, 1987)

Au prix où sont les courges (Boucherie Productions, 1990)

François Hadji-Lazaro

Rekapituleidoscope (Boucherie Productions, 1999)

Et si que… ? (Island, 2002)

Un recueil frais et disco (Island, 2002)

Contre-courant (Island, 2004)

Aigre-doux (Island, 2006)

En octobre 2006, la chanteuse et comédienne Élise Caron sortait Eurydice Bis, son album le plus abouti et le plus personnel. J’avais envie de vous exprimer à quel point cette artiste plurielle m’a chamboulé.

Dans cet album, la diva dévoile tous ses charmes. Sa voix de mezzo-soprano n’a jamais été aussi mystérieuse et familière. Elle retrouve Denis Chouillet qui lui a concocté des arrangements subtils et lumineux. Le jeu intemporel du piano éthéré de ce complice des premières heures est nourri des basses secrètes et rugissantes de Sylvain Daniel et Daniel Diaz ainsi que de la clarinette clairvoyante de Bruno Sansalone. Si cet album est indéniablement nourri des influences de l’artiste (chanson, jazz, classique et musique contemporaine), il s’en dégage quelque chose de magique et d’insaisissable. Quant aux textes, ils possèdent une grâce inouïe. Et si on pense à Apollinaire, Queneau ou encore à Rebotier, il est évident que la dame détient un langage empreint d’une féminitude poétique bien à elle.

L’album commence en prière. Élise implore Dieu de redescendre pour sauver cette terre tombée en enfer et qu’elle voudrait voir retomber en enfance. Elle embraye en exposant la petite philosophie d’une prostituée, sorte de Marie-Madeleine moderne (Marie Mad), dans un chant poignant des plus grinçants. La douceur arrive avec la chanson Eurydice Bis où elle revisite le mythe de la nymphe des arbres. Puis vient le temps d’évoquer ces Vicissitudes qui nous éloignent de la pureté de l’enfance. Ensuite, Élise entre dans la peau d’une Fleur empotée et rempotée : celle qu’on effleure ou celle qu’on déflore ? Et quand elle se confie, c’est pour chanter ses plus belles Rides au travers d’une ode mortuaire mystique et apaisée. Ici, l’arpège du piano mêlé à la voix la plus pure tend à clouer l’auditeur sur place. Dans Entre nous deux, elle cherche à savoir ce qu’il y a entre l’âme et l’animal qui sommeille en nous. L’arbre, chanson géniale et logique, et l’instrumental Sisyphe ouvrent une fenêtre sur l’autre souffle de la chanteuse : la flûte traversière. Et puis sa chambre s’envole pour un fabuleux voyage onirique qui termine sa course chez La boulangère, morceau parodique et jouissif. Enfin, on repasse de l’autre côté du miroir en écoutant le bonheur fragile d’une Eurydice qui a retrouvé son amant.

 

Au sortir du pays des merveilles d’Élise, on se sent différent, riche d’une expérience rare et unique. Sculpté pendant des années avec amour et intelligence, cet album est celui d’une femme-oiseau migrateur qui a su trouver son arbre et qui a exploré chaque recoin d’elle-même pour mieux les partager. Un univers complexe, mais accessible, qui nous remplit tant que l’on acquiert la certitude d’y replonger toujours avec plaisir.

 

En outre, je vous recommande vivement deux autres albums de la demoiselle.

Tout d’abord, il y a ce disque où Elise étale ses talents de chanteuse-conteuse : Chansons pour les petites oreilles (Chant du monde, 2003). Si ce bel album cartonné est destiné aux enfants, il parle tout autant au cœur de ceux qui ont gardé une part d’enfance.

Et puis, plongez vous dans l’album que le saxophoniste de jazz Jean-Rémy Guédon et son ensemble Archimusic ont écrit pour elle : Sade Songs (Chant du monde, 2006). À partir de textes du Marquis de Sade, Guédon écrit un conte musical pour adultes qui oscille entre jazz et musique contemporaine et d’où émanent par moments quelques soli. Ici, Élise déstabilise en choisissant une voix malicieuse et tranquillement inquisitrice. Sur scène, ce chaudron d’originalité devient un théâtre d’ombres chinoises sorties de l’imagination de l’illustrateur Stéphane Blanquet. Un univers dantesque et burtonesque où notre héroïne, entourée de huit musiciens, campe avec jubilation son personnage.

 

Pour les motivés, la discographie complète

Pour les oreilles et pour les yeux aussi

Voilà plus de 20 ans que Claire Touzi dit Terzi suit un parcours atypique et sans concession dans les sphères trop étriquées et cloisonnées du rock et de la chanson en français. À seize ans déjà, elle est la meneuse des Forguette Mi Note, groupe rock survolté aux influences orientales. Deux albums et six cents concerts plus tard, la bande se sépare. Claire repart sur les routes, dès 1995, avec le groupe Dit Terzi qui sort en 2000 son unique album chez Boucherie Productions. Malheureusement, ce chef-d’œuvre d’inventivité et de maturité passe à la trappe avec la faillite du label indépendant créé par François Hadji Lazaro. Mise à l’arrêt forcé, Claire se réinvente, cherche et se met au service de projets pour le moins inattendus. On la voit interpréter de nouvelles compositions dans la pièce de théâtre Iku d’Alexis Armengol, et puis dans le spectacle de danse contemporaine IIris de Philippe Decouflé. Grandie de toutes ses années d’expérimentations, la chanteuse se rebaptise « Claire Diterzi » et livre, en 2006, Boucle un album electro-rock des plus gracieux qui la sort enfin de l’ombre. Depuis, elle rayonne et ne cesse de faire parler d’elle, totalement dévouée à l’art de mettre des images en musique et sa musique en images. En témoignent encore la bande originale envoûtante du western Requiem for Billy the Kid d’ Anne Feinsilber et celle de l’exposition Femmes du monde de Titouan Lamazou

TABLEAU DE CHASSE

En créant au Théâtre Chaillot (Paris) le spectacle Tableau de chasse et en sortant un album éponyme, Claire Diterzi peut aujourd’hui déployer toutes les facettes de son art. Le projet concrétise un fantasme de longue date : mettre la sculpture et la peinture en musique. Pour se faire, Claire s’est inspirée très librement d’œuvres d’artistes tels que Fragonard, Toulouse-Lautrec, Allen Jones, Rodin, Camille Claudel, Doris Salcedo, Van Eyck, Lucian Freud ou encore Turner. Seule aux commandes de son home studio, la belle a sorti de son musée intérieur dix chansons qui lui ressemblent. Dix œuvres réinterprétées qui ont un sujet commun : la femme dans toute sa sensualité. Persuadée que son univers ne s’écoute pas seulement, Claire a composé ce nouveau répertoire en pensant avant tout à la scène, considérant le disque comme une prolongation du spectacle. Pour mener à bien ce projet, elle a su s’entourer d’une équipe exceptionnelle : des musiciens solides comme le rock, deux choristes vibrantes, le metteur en scène Alexis Armengol qui offre une scénographie subtile et bien pesée et le vidéaste Franck Ternier dont les projections amènent encore une autre vision des œuvres. Et tout ça fonctionne à merveille. La demoiselle, généreuse, sait fort bien donner les premières clefs de son univers. Après, il nous reste l’album pour apprécier plus en profondeur les dix nouvelles compositions auxquelles se joint une petite merveille, « Iku » (chanson extraite de la pièce d’Armengol). Ce qui frappe d’abord chez Claire Diterzi, c’est sa voix qui possède une collection impressionnante de timbres : chœurs à la bulgare, naisillardises, envolées arabisantes… chuchotements, chuintements, susurrements… voix de velours ou de crécelle, chahut et défoulement… bruits de respiration, craquements, souffles… On pense à Kate Bush, à Björk et même aux B-52’s. Un travail sidérant autour de la voix qui montre que cette pure autodidacte n’a rien à envier à Camille. Certains reprocheront sans doute à l’album un manque d’homogénéité à l’album et auront du mal à suivre l’artiste dans toutes ses pérégrinations. Mais il s’agit là d’un parti pris. Claire a choisi de s’inspirer d’œuvres d’époques et de styles fort différents, ce qui donne lieu à des morceaux très variés. Elle ne délaisse pas pour autant le son electro-rock et ce jeu de guitare raffiné qui la caractérisent. Ce qui ne l’empêche pas de développer un certain univers baroque (« L’odalisque », « Tableau de chasse »), de se moquer des bimbos façon Britney Spears (« À quatre pattes ») ou de se mettre dans la peau d’Yvette Guilbert (« La vieille chanteuse »). Enfin, Claire nous quitte sur une chanson de séparation, sorte de fado étrange aux accents des polyphonies de l’Est (« Je garde le chien »). Un conseil afin de goûter à la richesse de chacun des titres de cet album patchwork : n’hésitez pas à le laisser reposer pour mieux y revenir. Et si Claire Diterzi déroute, c’est qu’elle est une des rares chanteuses francophones à prendre des risques en acceptant de perdre quelque chose à chaque aventure pour mieux se réinventer.

Pour les oreilles…

Ce 24 avril 2008, sept ans après l’album YACOUB, Gabriel Yacoub livre DE LA NATURE DES CHOSES (Le Roseau): treize nouvelles chansons et un instrumental. Sept ans, ce fut long pour quelqu’un comme moi qui traque chaque mot, chaque note du bonhomme depuis la découverte essentielle de l’album BEL au début des années nonante. A l’époque, j’avais un souvenir étrange et lointain de Malicorne, groupe folk français qui joua un rôle capital dans le revival des années septante et qui était mené par Gabriel Yacoub et Hugues de Courson. Petit donc, j’écoutais, avec mon père et mon frère, ces chansons pleines de mystères, de diableries, de rites ancestraux, de trouvailles polyphoniques et de dissonances. Un univers qui me faisait franchement peur. Je leur préférais les Tri Yann qui sonnaient plus rassurants. Grâce à l’album BEL, j’eus besoin de me replonger dans tout Malicorne. Et là, ce fut une deuxième claque, un double déclic qui a modifié à jamais ma manière de chanter, d’écouter, de composer et de jouer de la musique. De quoi jeter définitivement Tri Yann aux oubliettes. 

Revenons à l’actualité. Quand on a la sensation de connaître un artiste sur le bout des tympans, à chaque sortie d’album, il y a toujours l’angoisse d’être déçu. Et je dois avouer que ces sept années d’attente ont amplifié mes appréhensions. D’ailleurs, quand j’ai reçu l’album par la poste, j’ai attendu le lendemain pour l’écouter. Après la première écoute, je me suis surpris à pointer tout ce qui pouvait me décevoir : des réflexes guitaristiques et vocaux rappelant d’autres morceaux tant aimés, des excès de romantisme, une instrumentation moins à mon goût. Bref, je n’arrivais pas à me laisser bercer. Il a fallu de nombreuses écoutes entrecoupées de moments de recul pour que je sente enfin perler les merveilles de cet album dense qui est sans doute le plus poétique de l’artiste. Pour expliquer l’ampleur de mon inquiétude, je dois vous dire qu’un an plus tôt,  j’eus de grandes émotions en écoutant le double album du nyckelharpiste Didier François DANS L’OUBLI DU SOMMEIL/BRAND NEW WORLD (Home Records, 2007). Le premier CD est un duo splendide avec le vielliste Gilles Chabenat et le second, une collaboration de haut vol avec Gabriel Yacoub 

 

J’entendais là six nouvelles chansons alchimiques à forte teneur polyphonique qui transcendaient le travail de Malicorne comme seul le sorcier Yacoub pouvait le faire. Je craignais du coup que la veine romantique du bonhomme n’envahisse chaque recoin de son nouvel album. Certes, DE LA NATURE DES CHOSES ne rechigne pas à nous offrir quelques ballades sentimentales. Mais plus que tout, on y décèle entre des jeux poétiques inspirés, une véritable philosophie épicurienne, une parole sage qui transpire le vécu. C’est bien là que ce nouvel opus frappe fort. Gabriel Yacoub mène mieux que jamais son chemin de passeur-poète de la simplitude. Et si, musicalement, il ne se réinvente plus, comme il l’avait si bien fait dans QUATRE ou BABEL, ses mots n’ont jamais été aussi personnels et puissants. Après plus de 35 ans de carrière, Yacoub a toujours dans sa besace des pépites brûlantes comme « Souvenirs oubliés » ou « Le feu ». Il se met à nu dans l’introspectif « Un jour je me suis fait poète », dénonce avec subtilité la bêtise de Bush dans « Il aurait dû » et nous offre une de ses plus belles chansons avec « Elle disait ». Enfin, je voulais souligner aussi l’apport de ses fidèles compagnons de route. Tout d’abord, il y a le magicien Gilles Chabenat (vielle à roue électroacoustique) qui multiplie les timbres et les réponses sans jamais nous lasser et glisse entre les cordes du maître un « Héron » royal. Et puis, il faut reconnaître le talent du bassiste Yannick Hardouin qui assure aussi les parties de piano (Mention spéciale pour la belle suite d’accords sur « La bougie »).

Pour terminer, je vous recommande toute la discographie de Gabriel Yacoub (en commençant peut-être par BEL et QUATRE) et celle de Malicorne en parallèle (en commençant par ALMANACH). Ce sont là deux voyages d’une richesse intérieure et d’une beauté insoupçonnables dont on ne revient pas indemne. Merci Gabriel et sa sarabande.

 

Pour les oreilles…