Le festival Mars en chansons, cette année encore, du 5 au 21 mars, accueillera de nombreux artistes de chez nous et de toute la francophonie qui gagnent à être connus. Les concerts auront lieu, pour la plupart, au théâtre La Ruche de Marcinelle (Charleroi). D’autres concerts à l’Eden et à la salle des Fêtes de Mont-Sainte-Geneviève.

Neuf chanteurs et groupes de l’excellente compilation d’émergents belges « Des plumes et des voix… pour réchauffer les maux » (dont chaque chanson traite d’une question de santé) y sont programmés : Dope Skwad feat. Tar One, Skarbone 14, Raspoutitsa, Farida Zouj, Gaëtan Vassart, Guillaume Ledent, Atomique DeLuxe, Thibor et Bernod. De nouvelles voix de chez nous avec qui il faudra certainement compter dans les années à venir. A découvrir assurément. Plus d’infos sur la compilation « Des plumes et des voix » : http://www.lamediatheque.be/mag/taz/chanson/fevrier_2010/des_plumes_et_des_voix.php

Ne passez pas non plus à côté des concerts des autres artistes de qualité qui passeront à Mars en chansons. On vous recommande en vrac : la québécoise Ariane Moffatt, le suisse Thierry Romanens, les belges Alix Leone, Baloji, Karin Clercq, Sébastien Duthoit et Scylla, et les français Alexis HK, Carmen Maria Vega, Les Blaireaux, Yvan Cujious, Xavier Lacouture, L’Herbe Folle et Mili. Toutes les infos sur www.marsenchansons.be

Des plumes et des voix… pour réchauffer les maux – L’EXPOSITION –

Dix-huit chansons sur des questions de santé illustrées par huit élèves de l’Académie des Beaux-Arts de Tournai

En octobre 2009, la Médiathèque de la Communauté française de Belgique a sorti deux CD accompagnés d’une brochure pédagogique qui regroupent vingt-trois projets d’artistes pratiquement tous émergents et issus de la Communauté Wallonie-Bruxelles. Dix-huit chansons et cinq contes qui ont la particularité de traiter de questions de santé.

Pour fêter la sortie du double-CD « Des plumes et des voix… pour réchauffer les maux », huit élèves avancés de l’option « bande dessinée » de l’Académie des Beaux-Arts de Tournai (classes dirigées par Antonio Cossu) ont mis en images les dix-huit chansons du premier CD. Habitués à travailler à partir de leurs propres scénarios, les élèves ont été amenés à proposer leur vision des chansons tout en tenant compte cette fois-ci d’une thématique déterminée et de l’imaginaire d’un autre. Au travers de cette exposition, vous aurez l’occasion de découvrir ces dix-huit planches/illustrations.

Le vernissage aura lieu le vendredi 12 mars 2010 de 18h à 19h30 au Thèâtre La Ruche (1 avenue Marius Meurée, 6001 Marcinelle) en présence des artistes (la plupart des dessinateurs et certains chanteurs).  S’ensuivront des concerts avec deux artistes de la compilation : Farida Zouj et Raspoutitsa. Plus d’infos sur www.marsenchansons.be

Une exposition qui a pu être réalisée grâce au soutien de l’Académie des Beaux-Arts de Tournai, de la Médiathèque de la Communauté française de Belgique, du CLPS de Charleroi-Thuin et du festival Mars en Chansons.

www.actournai.be  www.lamediatheque.be  www.clpsct.org

Le site www.emergences.be est une superbe initiative de La Médiathèque de la Communauté française de Belgique. Il s’agit là d’une webradio destinée à faire découvrir les talents belges de demain.

J’y suis allé jeter mes grandes oreilles et j’ai flashé sur trois chansons en français dans le texte :

1. le titre folk rock et viril « Nos oripeaux » de Siddhartha Björn dont la voix est selon moi un croisement entre celle de Michael Stipe de REM et celle de Cat Stevens

2. le frais et irrévérencieux « Forcément coupable » du groupe festif Afota.

3. le joliement glauque« Poupée de chair » de Lunabee sur un texte de l’excellent parolier Pierre Louis que Philippe Tasquin a longtemps mis en musique.

Vous pouvez écouter ces titres et même donner votre avis sur http://www.lamediatheque.be/emergences/playlist/15/

Désormais, nous devrons nous passé du précieux magazine dédié à la chanson française CHORUS.

Le trimestriel s’est arrêté au numéro 67 ce septembre. Un rideau de fin assez triste pour ce petit magazine qui animait le monde de la chanson. Les éditions du Verbe avait passé le relais au groupe millénaire presse qui jette à son tour l’éponge. C’est la cessation d’activité. Avec la disparition de CHORUS, c’est la recommandation d’un journal d’expert, la validation et la façon de découvrir pour des professionnels de la musique et des amateurs de chansons de nouveaux talents. On ne voit pas (pour l’instant) surgir un blog de cette qualité de recommandation. (Propos inspirés de l’article de Frédéric Neff)

Il nous reste le myspace : http://www.myspace.com/choruschanson

Les « âmes » de CHORUS continuent à s’exprimer sur le net. Allez visiter leurs blogs :

- La rédaction de CHORUS : http://www.laredactiondechorus.fr/

- Bertrand Dicale : http://www.pasplushautquelebord.blogspot.com/

- Michel Kemper : www.nosenchanteurs.wordpress.com

- Fred Hidalgo : http://sicavouschante.over-blog.com

- Jean Théfaine : http://touteslesmusiquesquejaime.over-blog.com/

- Daniel Patchenko : http://chansonsquetoutcela.over-blog.com/

OXYMORE

À la genèse d’Oxymore, il y a le désir d’un homme de se relancer dans la joie troublante de l’écriture et plus précisément dans son format à part qu’est la chanson. Cet homme, c’est Alain Eloy. Il veut écrire pour se raconter lui-même à une période charnière de sa vie. Mais parce qu’il craint d’étaler ses états d’âme comme un beurre d’arachide indigeste dans le conduit auditif de victimes sans défense, il opte pour l’écriture de duos. Cette formule lui permet ainsi d’enrichir ses textes par l’introduction d’un autre point de vue sur ce qu’il livre. Et pourquoi pas un point de vue féminin ? Muriel Legrand se glissera dans les parties chantées où la femme contre les élans d’un amant un peu trop fougueux, se révulse à la vue d’un amour cannibale, se précipite paresseusement avec son homme dans la luxure ou encore partage avec lui l’amour d’un enfant après une séparation. Muriel, chanteuse et musicienne, réalise alors avec Jean-François Breuer la mise en musique des textes. Jean-François se colle ensuite derrière le piano pour constituer le trio de base du groupe qu’ils décident d’appeler Oxymore. Mais le groupe aurait été incomplet sans l’apport de la maturité musicale d’un Pierre Boigelot et sans le liant rythmique d’une percussion, un instrument à part entière dans les mains de Pierre Quiriny. Le quintette délivre une musique légère aux accents graves, chante l’harmonie en dissonance, se veut tranchant dans la nuance, se dévoile en se dissimulant au plus profond de ses contradictions. Tout en Oxymore. Lauréat de la Biennale de la chanson 2008, Oxymore en a gagné le 1er prix, ainsi que le Prix Sabam.

- 4 décembre 2009 dès 20H00 – Centre culturel de Berchem-Sainte-Agathe

- 12 décembre 2009 dès 20H00 – La Soupape, Bruxelles

www.myspace.com/oxymoremusic

GUILLAUME LEDENT 

Avant de se lancer dans la chanson, Guillaume Ledent, formation musicale classique au Conservatoire de Tournai, est d’abord passé par le folk-rock (Whose Garden), la musique ancienne (Con Amores). En 2001, il forme le groupe Dîne à Quatre, avec qui il sort un maxi en France. En 2005, le projet, qui devient solo, sort un premier album bien accueilli par la presse. En 2007 paraît l’album Ton océan, dont les presses belge et française diront unanimement beaucoup de bien. Le single « Experts » et le duo avec Saule « L’amour au four » sont programmés sur les ondes nationales belges et françaises, ce qui permet à Guillaume Ledent de rencontrer un plus large public. L’album sera d’ailleurs nominé aux Octaves de la musique 2008 dans la catégorie Chanson avec Baloji, Jeff Bodart et Soy Un Caballo.

- 30 janvier 2010 dès 20H00 – La Ruche Théâtre, Marcinelle, Hainaut. Dernière représentation du  spectacle « Un petit orchestre dans un grand » – Première partie : Claire JAU (FR)

www.myspace.com/guillaume.ledent

IVAN TIRTIAUX

Après de nombreux concerts en Belgique et en France, un disque (« Ivan & les Singes Savants »), diverses formules en solo, en groupe, en duo avec Marine Horbaczewski au violoncelle ou encore Vanesa Garcia aux percussions, sa rencontre avec le mandoliniste-banjoïste toulousain Raphaël Dumas promet à ses nouvelles chansons de vastes échappées alternant pluie de cordes et soleil serein. 

En duo avec Raphaël Dumas

- 17 décembre 2009 dès 20H00 – Cellule 133a Bruxelles (St-Gilles), Bruxelles

- 9 janvier 2010 dès 20H30 – La Menuiserie Pantin

- 15 janvier 2010 dès 20H00 – La Soupape Bruxelles (Ixelles)

- 16 janvier 2010 dès 20H00 – Théâtre Jardin Passion, Namur

- 18 janvier 2010 dès 20H00 – Bar du Matin Bruxelles (St-Gilles)

En solo

- 19 décembre 2009 dès 20H00 – Brussels Harp Center Bruxelles (St-Gilles)

- 20 décembre 2009 dès 20H00 – Soirées Cerises Bruxelles (Ixelles)

www.myspace.com/ivantirtiaux

C’est dans un cabaret bruxellois que j’ai entendu pour la première fois Gaël Marlier, la guitare folk en bandoulière. Excellent guitariste au picking assuré, chanteur à la voix profonde qui vient de l’intérieur, dès les premières chansons, il a su me transporter ailleurs. Là où peu d’artistes francophones osent s’aventurer : dans un folk soyeux qui raconte des histoires d’hommes et de voyages, et qui puise ses mots, pour la forme, dans le chaudron de la poésie des chansons traditionnelles. On pense bien sûr au pionnier du genre : Gabriel Yacoub. C’est une évidence ! Gaël Marlier s’inscrit clairement dans le sillon du folk singer français. Il a su intégrer ses intonations vocales et ses mélodies sont de la même veine. Celui qui fut jadis leader de Malicorne ne doit pas s’inquiéter pour sa relève. Car Gaël possède un talent et une force d’inspiration qui le font entrer directement dans le cercle restreint de ceux qui peuvent le mieux débroussailler ce terrain encore vague pour le plus grand nombre. Pour autant, cette continuité ne l’empêche pas de prendre son propre chemin et d’être un vrai trouveur. C’est sans doute dans les thèmes abordés et dans sa personnalité d’auteur qu’il se démarque le plus du sorcier Yacoub.

 gael

 

A la fin d’un concert, j’ai pu me procurer sa dernière démo huit titres sobrement intitulée « Aller simple ». Et là, ce fut la deuxième claque. J’étais loin d’imaginer la forêt qui se cachait derrière cet arbre chantant seul. Pour l’occasion, Gaël a su s’entourer d’une rythmique solide et inventive tenue par Luc Evens à la basse et Renaud Van Hooland à la batterie. Du coup, ses ballades prennent un envol inattendu, flirtant avec des sonorités plus rock par moments. Il surprend encore en nourrissant ses chansons de couleurs très personnelles grâce à des chœurs qui semblent sortir de la brume et des trompettes à la Goran Bregovic. Enfin, il a invité Julien de Borman (de Turdus Philomelos) qui pose ici et là des touches d’accordéon diatonique bien senties.

 

Après une écoute attentive des textes, on s’aperçoit qu’un fil relie les chansons. Révolté contre l’hypocrisie et l’égoïsme d’une Europe qui s’ignore, traumatisé par les trop nombreuses catastrophes écologiques, Gaël se prépare à un grand voyage sans retour, initiatique et poétique. Comme une obsession, il exprime ce mal-être dans une bonne moitié des titres (« Où irons-nous ? », « De plus en plus chaud » ou encore « Fuir »). Pour se retrouver, il prévoit d’aller à la rencontre de ses origines, sur la route des gens du voyage (« Nous partirons »). Mais sa quête profonde est aussi ailleurs. Il cherche à grandir tout en préservant la magie de l’enfance comme un trésor (« En panne »). Il veut se purifier d’une vie dissolue, considérant son périple alors comme une retraite qui va l’aider à trouver une paix intérieure (« Vers Rosières »). Enfin, la chanson « Par-dessus » – un tube en puissance – possède une aura sensiblement différente. On y voit notre héros transi courir dans tous les sens à la recherche d’une demoiselle rencontrée quelques jours plus tôt sous la pluie.

 

aller-simple           

Envoûté par cette démo-concept, j’aspire déjà à un album « longue durée » et à des concerts où Gaël serait accompagné par ses musiciens. Un artiste rare que je vous conseille vivement. Je le suivrai donc, sans modération, dans toutes ses pérégrinations.

 

Plus d’infos sur www.gaelmarlier.be. D’autres titres en écoute sur www.myspace.com/gaelmarlier.

 « Il y a des gens qui sont des génies de technique et qui n’arrivent pas à faire une mélodie qui touche. La mélodie est quelque chose qui arrive tout fait. C’est quelque chose qui est proche de la voyance. Quand on entend de la musique, on l’entend avant qu’elle soit sortie, avant qu’elle existe. Alors, après, on travaille pour que ça tienne debout… » nous dit William Sheller lors d’une interview récente réalisée par France 2. Par ces propos, le chanteur réaffirme sa volonté de se situer dans le registre de l’émotion. Pour lui, l’inspiration est au dessus de tout. Il laisse venir la musique en lui comme une fleur qui nous fera la peau. Et bonne nouvelle ! Ces mélodies à fleur de peau – de poésie aussi – sont au rendez-vous dans Avatars, un nouvel opus qui tranche avec le Sheller piano/voix bien connu du grand public. Cet album, le compositeur l’a conçu comme un voyage tous azimuts. De la musique variée mais jamais avariée qui relève plus de la manière de faire des années septante que de la ‘musique assistée par ordinateur’ qu’il avait exploré dans son album Les machines absurdes (NS3651).

 

couv2

Avatars commence par une introduction qui sonne comme une musique de film intrigante d’où surgit tout à coup une électricité planante, générant une fusion qui n’est pas sans rappeler les tout premiers pas discographiques du maestro (Lux Aeterna, 1972). A première vue, le texte de cette première chanson peut paraître d’un idéalisme exacerbé. Mais si on le rattache à son titre « Avatar [Log in] », les mots qui résonnent en nous sont tout de suite moins optimistes. Cette invitation à rentrer dans un monde où rêve et réalité se confondent fait référence à la nouvelle tendance qu’ont de nombreux internautes à se plonger corps et âme dans une vie virtuelle ; là où l’on peut choisir d’être un autre tout en restant soi-même, là où l’on peut s’inventer une kyrielle d’avatars. La chanson se termine dans une nuée d’applaudissements et des trompettes droites qui annoncent les cors de « La longue échelle ». Monsieur William voudrait tant voir revivre les personnages des contes d’autrefois qui sont enfermés dans un livre car ils ne trouvent plus de lecteurs. Dans ce bijou pop médiéval, il joue du mellotron à la façon de « Strawberry fields forever » et nous réjouit d’un contre-chant très beatlesien dans le refrain. « Tout ira bien » se rassure-t-il, le temps d’un autre morceau pop plus calibré radio. La nostalgie nous envahit dans « Félix & moi », une ballade tendre-amère soutenue – chose rare chez Sheller – par des arpèges à la guitare acoustique. Les riffs rock de « Jet lag » décalent franchement le propos vers une histoire de rendez-vous amoureux qui a mal tourné. A la fin du morceau, des solos de guitare hauts perchés sont brusquement coupés pour laisser place à une pluie de cordes brumeuses qui traduisent à merveille la douleur de « Tristan ». Dans « Blackmail », une histoire de chantage liée à la secrète Lady Eloïse, le chanteur passe d’une voix perdue dans les tréfonds d’un vieux piano (couplets) à un chant ouvert et pourtant chuchoté porté par un chœur de saxophones très bluesy (refrains). On enchaîne sur la douce euphorie de « Music Hall » dont la musique directe et jubilatoire donne envie de se remuer. Puis, c’est l’heure du « veilleur de nuit » qui cherche notre compagnie, histoire de conjurer son sort. Un morceau rock mélodique qui fait mouche. On ralentit le tempo avec « Spyder le Cat », un slow transcendé par un orgue déchaîné qui nous fait entrer dans les pensées d’un chat jaloux. Suit l’efficace « Camping », la chanson-défoule par excellence aux parfums très seventies. Après toute cette variété de styles, ce travail d’orfèvre sur les orchestrations et les arrangements, on n’imaginait pas que le final puisse encore nous emmener ailleurs. Car le symphoman sort encore de son chapeau « Avatar II [Log out] », une musique à part dans la lignée des perles de l’album Ailleurs (NS3640), un texte déchirant d’une poésie des plus énigmatiques. Au début, on se retrouve dans la tête d’un homme – sa boîte à problèmes – qui vit sa peine dans un monde proche de la folie : « Mais depuis que je t’ai perdue dans ma tête où je vivais à deux / Entre clown et clone / C’est comme un monde où l’herbe s’arrête à hauteur des yeux / Je ne trouve plus ma zone ». La chanson bascule et nous voilà transporté dans un futur lointain où il est question de soldats-poètes. Pour terminer, notre héros confie qu’il a gardé des marques d’une certaine guerre des icônes. Entend-il par là qu’il y eut un conflit au sein de la communauté des avatars ? La chanson ne donne pas de réponses. C’est ce qui l’a rend encore plus belle.

Au bout du compte, nous tenons là douze ‘chansons-univers’ qu’on n’est pas prêts d’oublier. A 62 ans, Sheller reste un artiste rare qui offre une chanson personnelle et plurielle, classique et farfelue. Toujours à suivre.

 

 

 Qui a vu le film de Caro et Jeunet « La cité des enfants perdus » se souvient de la tronche mal lunée du chef des cyclopes. Qui a eu les oreilles percées par le rock décalé et déchaîné des Garçons Bouchers revoit encore jongler entre une flopée d’instruments leur auteur-compositeur à la carrure imposante. Qui a été pris aux tripes par les mots de gorge* du chanteur du groupe Pigalle guette avec impatience une nouvelle livrée de chansons. On ne dira jamais assez l’importance de cet homme passionné qui, tel un nouvel Atlas, a réussi à porter tant de projets d’envergure aussi différents. Boulimique et prolifique, François Hadji-Lazaro (FHL) est une boule-musique, un monde à lui tout seul. Et quand on sait en plus qu’il fut le fondateur du mythique label indépendant Boucherie Productions qui, en 2001, après quinze années d’acharnement, dut fermer ses portes, écrasé sous le poids des majors, on ne peut que lui dire : « Chapeau et merci ! ».

Revenons sur le parcours du bonhomme. Au début des années 80, le jeune François, qui a dévoré tout Bob Dylan, Malicorne et Fréhel, débarque à Paris avec sa hotte remplie d’instruments, passionné par les musiques traditionnelles américaine et européenne. Aujourd’hui, l’homme-orchestre en maîtrise plus de 25 (guitares, violon, accordéons diatonique et chromatique, concertina, vielle à roue, dulcimer, cornemuse, banjo, violon, ukulélé, oud, steel, mandoline, etc.). Au début, il joue dans le métro et dans un groupe folk nommé Pénélope. En 1982, il donne naissance au groupe Pigalle qui propose un mélange réussi de rock et de chanson française sombre et nostalgique du Paris des années 30 et 50. À la même époque, il accumule les petits rôles au cinéma. Et pour gagner sa vie, il s’improvise sonorisateur et fait videur dans une boîte de nuit qui accueille tous les groupes de rock hard-punk du moment. C’est alors que François en prend plein la gueule et s’en réjouit. Au fil des rencontres, il crée, en 1985, Les Garçons Bouchers (avec d’abord Eric Blitz et puis Piero Sapu au chant) dont le punk incisif et l’humour grinçant tranche avec le répertoire de Pigalle. Le succès tombera sur la tête des Bouchers avec La bière, une ode à la boisson mais aussi au cercueil qui devient un véritable hymne pour les keupons de l’époque. Les fans réclament des disques et François, farouchement indépendant, décide, la même année, de créer son propre label de production de disques, tournant le dos aux multinationales. Ce sera Boucherie Productions qui prend rapidement de l’ampleur et montre une ouverture d’esprit exceptionnelle accueillant sous son aile des artistes aussi variés que La Mano Negra, Paris Combo, Les Elles, Sttellla, Gabriel Yacoub, Wally, Les Tétines Noires, Freedom For King Kong. Dans la foulée, il rejoint Manu Chao pour un projet folk rock déjanté : Los Carayos. Devant mener de front trop d’activités, François décide alors de mettre fin à Pigalle, enregistrant un soi-disant dernier album. Ce sera « Regards affligés… » qui sortira le groupe de l’ombre grâce à la chanson Dans la salle du bar-tabac de la rue des martyrs. FHL jonglera dès lors entre les trois groupes jusqu’à la fin des Carayos au début des années 90. Quant aux Garçons Bouchers, ils se séparent en 1995. Et Pigalle donne son dernier concert à l’Olympia en mars 1998. De cette période, il faut aussi retenir « François détexte Topor » (1996), un album inspiré et puissant où FHL met en musique des textes glauques et barrés de Roland Topor.

En 2001, une page est tournée. Amer devant les réalités du marché, mais fier d’avoir tenu quinze ans en toute liberté créatrice et heureux d’avoir pu faire connaître une multitude de talents, FHL est aujourd’hui conscient que fonder un nouveau label serait suicidaire. Il poursuit alors sa route en solo et signe chez Island/Universal pour quelques albums et la réédition de la discographie de Pigalle et des Garçons Bouchers. Certains le lui reprochent. C’est oublier que le lascar, quelques années plus tôt, avait refusé d’être racheté par la major, préférant par intégrité donner une belle mort à Boucherie Productions, en faisant en sorte que chaque groupe puisse partir sans y perdre des plumes. Si FHL a signé chez son pire ennemi, c’est qu’il ne voit malheureusement plus d’autres chemins solides pour faire exister l’artiste qui bout toujours en lui.

Aujourd’hui, Pigalle repart en tournée après dix ans d’absence et sort « Neuf & occasion », un double album composé d’une compilation mêlant dix-huit titres anciens du groupe à six nouveaux titres inédits et d’un DVD documentaire dressant un portrait fort attachant de l’homme-orchestre, augmenté des sept clips de Pigalle. D’emblée, il faut avouer que les nouveaux titres entièrement joués par FHL sont clairement dans la lignée des trois excellents albums solo que le chanteur a sortis depuis 2002 (« Et si que… ? », « Contre-Courant » et « Aigre-doux »). Trois chansons sortent du lot. Dans Madame Louise, elle est exquise, chantée de concert avec son jeune fils Pierre et Emily Loizeau, FHL aimerait tant mettre le doigt dans la prise du réchauffement climatique. Sens comme le temps, il est lourd voudrait voir revenir Rachid, travailleur sans-papiers reconduit à la frontière. Et dans la berceuse Dors, petit bled, il chante avec amertume que « Le nouveau siècle fait bombance/Sans en avoir vraiment compris le sens ». En réécoutant les titres anciens, avec le recul, on se rend compte à quel point Pigalle fut un des précurseurs majeurs de la chanson néoréaliste tendance rock musette. Et force est de constater, que si le son et l’énergie changent selon les périodes, Pigalle est avant tout un groupe porteur de la personnalité créatrice et des convictions de FHL. Reformer Pigalle, c’est histoire pour lui de se sentir moins seul, de rejouer ses morceaux avec les potes, de profiter de la notoriété du groupe pour mieux exister. S’il y a ici supercherie, elle est tout à fait légitime. L’âme, la plume, la voix, les couleurs musicales de Pigalle, c’est FHL. Et FHL a continué, en quelque sorte, à faire du Pigalle.

Sur scène, le bougre n’hésitera pas à puiser dans le répertoire de chacune de ses aventures. Ce sera l’occasion de (re-)découvrir une multitude de perles d’une force poético-réaliste, sombre et mélancolique inégalée dans le paysage francophone. Histoire de se rappeler qu’on a affaire à une personnalité rare, tranchante et généreuse.

 * Mots de gorge est un recueil rassemblant les 78 textes écrits par FHL interprétés avec Pigalle ou sous son patronyme jusqu’à l’album « Et si que… ? » (Éditions Christian Pirot, 2002).

DISCOGRAPHIE

Pigalle

Pigalle (Boucherie Productions, 1986)

Regards affligés (Boucherie Productions, 1990)

Pigallive (Boucherie Productions, 1992)

Rire et pleurer (Boucherie Productions, 1993)

Alors (Boucherie Productions, 1997)

Neuf & occasion (AZ, 2008 )

Les Garçons Bouchers

Les Garçons Bouchers : 1er album (Boucherie Productions, 1987)

Tome 2 (Boucherie Productions, 1988 )

Live (Boucherie Productions, 1989)

La saga (l’intégrale) (Boucherie Productions, 1990)

Les cinq plus grosses bêtises (5 titres) (Boucherie Productions, 1990)

On a mal vieilli (Boucherie Productions, 1990)

Vacarmélite ou la nonne bruyante (Boucherie Productions, 1992)

Écoute, petit frère ! (Boucherie Productions, 1995)

Los Carayos

Persistent et signent (Boucherie Productions, 1987)

Au prix où sont les courges (Boucherie Productions, 1990)

François Hadji-Lazaro

Rekapituleidoscope (Boucherie Productions, 1999)

Et si que… ? (Island, 2002)

Un recueil frais et disco (Island, 2002)

Contre-courant (Island, 2004)

Aigre-doux (Island, 2006)

En octobre 2006, la chanteuse et comédienne Élise Caron sortait Eurydice Bis, son album le plus abouti et le plus personnel. J’avais envie de vous exprimer à quel point cette artiste plurielle m’a chamboulé.

Dans cet album, la diva dévoile tous ses charmes. Sa voix de mezzo-soprano n’a jamais été aussi mystérieuse et familière. Elle retrouve Denis Chouillet qui lui a concocté des arrangements subtils et lumineux. Le jeu intemporel du piano éthéré de ce complice des premières heures est nourri des basses secrètes et rugissantes de Sylvain Daniel et Daniel Diaz ainsi que de la clarinette clairvoyante de Bruno Sansalone. Si cet album est indéniablement nourri des influences de l’artiste (chanson, jazz, classique et musique contemporaine), il s’en dégage quelque chose de magique et d’insaisissable. Quant aux textes, ils possèdent une grâce inouïe. Et si on pense à Apollinaire, Queneau ou encore à Rebotier, il est évident que la dame détient un langage empreint d’une féminitude poétique bien à elle.

L’album commence en prière. Élise implore Dieu de redescendre pour sauver cette terre tombée en enfer et qu’elle voudrait voir retomber en enfance. Elle embraye en exposant la petite philosophie d’une prostituée, sorte de Marie-Madeleine moderne (Marie Mad), dans un chant poignant des plus grinçants. La douceur arrive avec la chanson Eurydice Bis où elle revisite le mythe de la nymphe des arbres. Puis vient le temps d’évoquer ces Vicissitudes qui nous éloignent de la pureté de l’enfance. Ensuite, Élise entre dans la peau d’une Fleur empotée et rempotée : celle qu’on effleure ou celle qu’on déflore ? Et quand elle se confie, c’est pour chanter ses plus belles Rides au travers d’une ode mortuaire mystique et apaisée. Ici, l’arpège du piano mêlé à la voix la plus pure tend à clouer l’auditeur sur place. Dans Entre nous deux, elle cherche à savoir ce qu’il y a entre l’âme et l’animal qui sommeille en nous. L’arbre, chanson géniale et logique, et l’instrumental Sisyphe ouvrent une fenêtre sur l’autre souffle de la chanteuse : la flûte traversière. Et puis sa chambre s’envole pour un fabuleux voyage onirique qui termine sa course chez La boulangère, morceau parodique et jouissif. Enfin, on repasse de l’autre côté du miroir en écoutant le bonheur fragile d’une Eurydice qui a retrouvé son amant.

 

Au sortir du pays des merveilles d’Élise, on se sent différent, riche d’une expérience rare et unique. Sculpté pendant des années avec amour et intelligence, cet album est celui d’une femme-oiseau migrateur qui a su trouver son arbre et qui a exploré chaque recoin d’elle-même pour mieux les partager. Un univers complexe, mais accessible, qui nous remplit tant que l’on acquiert la certitude d’y replonger toujours avec plaisir.

 

En outre, je vous recommande vivement deux autres albums de la demoiselle.

Tout d’abord, il y a ce disque où Elise étale ses talents de chanteuse-conteuse : Chansons pour les petites oreilles (Chant du monde, 2003). Si ce bel album cartonné est destiné aux enfants, il parle tout autant au cœur de ceux qui ont gardé une part d’enfance.

Et puis, plongez vous dans l’album que le saxophoniste de jazz Jean-Rémy Guédon et son ensemble Archimusic ont écrit pour elle : Sade Songs (Chant du monde, 2006). À partir de textes du Marquis de Sade, Guédon écrit un conte musical pour adultes qui oscille entre jazz et musique contemporaine et d’où émanent par moments quelques soli. Ici, Élise déstabilise en choisissant une voix malicieuse et tranquillement inquisitrice. Sur scène, ce chaudron d’originalité devient un théâtre d’ombres chinoises sorties de l’imagination de l’illustrateur Stéphane Blanquet. Un univers dantesque et burtonesque où notre héroïne, entourée de huit musiciens, campe avec jubilation son personnage.

 

Pour les motivés, la discographie complète

Pour les oreilles et pour les yeux aussi

Voilà plus de 20 ans que Claire Touzi dit Terzi suit un parcours atypique et sans concession dans les sphères trop étriquées et cloisonnées du rock et de la chanson en français. À seize ans déjà, elle est la meneuse des Forguette Mi Note, groupe rock survolté aux influences orientales. Deux albums et six cents concerts plus tard, la bande se sépare. Claire repart sur les routes, dès 1995, avec le groupe Dit Terzi qui sort en 2000 son unique album chez Boucherie Productions. Malheureusement, ce chef-d’œuvre d’inventivité et de maturité passe à la trappe avec la faillite du label indépendant créé par François Hadji Lazaro. Mise à l’arrêt forcé, Claire se réinvente, cherche et se met au service de projets pour le moins inattendus. On la voit interpréter de nouvelles compositions dans la pièce de théâtre Iku d’Alexis Armengol, et puis dans le spectacle de danse contemporaine IIris de Philippe Decouflé. Grandie de toutes ses années d’expérimentations, la chanteuse se rebaptise « Claire Diterzi » et livre, en 2006, Boucle un album electro-rock des plus gracieux qui la sort enfin de l’ombre. Depuis, elle rayonne et ne cesse de faire parler d’elle, totalement dévouée à l’art de mettre des images en musique et sa musique en images. En témoignent encore la bande originale envoûtante du western Requiem for Billy the Kid d’ Anne Feinsilber et celle de l’exposition Femmes du monde de Titouan Lamazou

TABLEAU DE CHASSE

En créant au Théâtre Chaillot (Paris) le spectacle Tableau de chasse et en sortant un album éponyme, Claire Diterzi peut aujourd’hui déployer toutes les facettes de son art. Le projet concrétise un fantasme de longue date : mettre la sculpture et la peinture en musique. Pour se faire, Claire s’est inspirée très librement d’œuvres d’artistes tels que Fragonard, Toulouse-Lautrec, Allen Jones, Rodin, Camille Claudel, Doris Salcedo, Van Eyck, Lucian Freud ou encore Turner. Seule aux commandes de son home studio, la belle a sorti de son musée intérieur dix chansons qui lui ressemblent. Dix œuvres réinterprétées qui ont un sujet commun : la femme dans toute sa sensualité. Persuadée que son univers ne s’écoute pas seulement, Claire a composé ce nouveau répertoire en pensant avant tout à la scène, considérant le disque comme une prolongation du spectacle. Pour mener à bien ce projet, elle a su s’entourer d’une équipe exceptionnelle : des musiciens solides comme le rock, deux choristes vibrantes, le metteur en scène Alexis Armengol qui offre une scénographie subtile et bien pesée et le vidéaste Franck Ternier dont les projections amènent encore une autre vision des œuvres. Et tout ça fonctionne à merveille. La demoiselle, généreuse, sait fort bien donner les premières clefs de son univers. Après, il nous reste l’album pour apprécier plus en profondeur les dix nouvelles compositions auxquelles se joint une petite merveille, « Iku » (chanson extraite de la pièce d’Armengol). Ce qui frappe d’abord chez Claire Diterzi, c’est sa voix qui possède une collection impressionnante de timbres : chœurs à la bulgare, naisillardises, envolées arabisantes… chuchotements, chuintements, susurrements… voix de velours ou de crécelle, chahut et défoulement… bruits de respiration, craquements, souffles… On pense à Kate Bush, à Björk et même aux B-52’s. Un travail sidérant autour de la voix qui montre que cette pure autodidacte n’a rien à envier à Camille. Certains reprocheront sans doute à l’album un manque d’homogénéité à l’album et auront du mal à suivre l’artiste dans toutes ses pérégrinations. Mais il s’agit là d’un parti pris. Claire a choisi de s’inspirer d’œuvres d’époques et de styles fort différents, ce qui donne lieu à des morceaux très variés. Elle ne délaisse pas pour autant le son electro-rock et ce jeu de guitare raffiné qui la caractérisent. Ce qui ne l’empêche pas de développer un certain univers baroque (« L’odalisque », « Tableau de chasse »), de se moquer des bimbos façon Britney Spears (« À quatre pattes ») ou de se mettre dans la peau d’Yvette Guilbert (« La vieille chanteuse »). Enfin, Claire nous quitte sur une chanson de séparation, sorte de fado étrange aux accents des polyphonies de l’Est (« Je garde le chien »). Un conseil afin de goûter à la richesse de chacun des titres de cet album patchwork : n’hésitez pas à le laisser reposer pour mieux y revenir. Et si Claire Diterzi déroute, c’est qu’elle est une des rares chanteuses francophones à prendre des risques en acceptant de perdre quelque chose à chaque aventure pour mieux se réinventer.

Pour les oreilles…

Page suivante »