mai 13, 2008
Les pépites de feu de Gabriel Yacoub
Posted by gullygurdy under Chanson francophone, Gully Gur "dit" ce qu'il écoute | Tags: chanson, folk, hurdy gurdy, malicorne, nyckelharpa, poésie, traditionnel, vielle à roue, voix, yacoub |Ce 24 avril 2008, sept ans après l’album YACOUB, Gabriel Yacoub livre DE LA NATURE DES CHOSES (Le Roseau): treize nouvelles chansons et un instrumental. Sept ans, ce fut long pour quelqu’un comme moi qui traque chaque mot, chaque note du bonhomme depuis la découverte essentielle de l’album BEL au début des années nonante. A l’époque, j’avais un souvenir étrange et lointain de Malicorne, groupe folk français qui joua un rôle capital dans le revival des années septante et qui était mené par Gabriel Yacoub et Hugues de Courson. Petit donc, j’écoutais, avec mon père et mon frère, ces chansons pleines de mystères, de diableries, de rites ancestraux, de trouvailles polyphoniques et de dissonances. Un univers qui me faisait franchement peur. Je leur préférais les Tri Yann qui sonnaient plus rassurants. Grâce à l’album BEL, j’eus besoin de me replonger dans tout Malicorne. Et là, ce fut une deuxième claque, un double déclic qui a modifié à jamais ma manière de chanter, d’écouter, de composer et de jouer de la musique. De quoi jeter définitivement Tri Yann aux oubliettes.

Revenons à l’actualité. Quand on a la sensation de connaître un artiste sur le bout des tympans, à chaque sortie d’album, il y a toujours l’angoisse d’être déçu. Et je dois avouer que ces sept années d’attente ont amplifié mes appréhensions. D’ailleurs, quand j’ai reçu l’album par la poste, j’ai attendu le lendemain pour l’écouter. Après la première écoute, je me suis surpris à pointer tout ce qui pouvait me décevoir : des réflexes guitaristiques et vocaux rappelant d’autres morceaux tant aimés, des excès de romantisme, une instrumentation moins à mon goût. Bref, je n’arrivais pas à me laisser bercer. Il a fallu de nombreuses écoutes entrecoupées de moments de recul pour que je sente enfin perler les merveilles de cet album dense qui est sans doute le plus poétique de l’artiste. Pour expliquer l’ampleur de mon inquiétude, je dois vous dire qu’un an plus tôt, j’eus de grandes émotions en écoutant le double album du nyckelharpiste Didier François DANS L’OUBLI DU SOMMEIL/BRAND NEW WORLD (Home Records, 2007). Le premier CD est un duo splendide avec le vielliste Gilles Chabenat et le second, une collaboration de haut vol avec Gabriel Yacoub.

J’entendais là six nouvelles chansons alchimiques à forte teneur polyphonique qui transcendaient le travail de Malicorne comme seul le sorcier Yacoub pouvait le faire. Je craignais du coup que la veine romantique du bonhomme n’envahisse chaque recoin de son nouvel album. Certes, DE LA NATURE DES CHOSES ne rechigne pas à nous offrir quelques ballades sentimentales. Mais plus que tout, on y décèle entre des jeux poétiques inspirés, une véritable philosophie épicurienne, une parole sage qui transpire le vécu. C’est bien là que ce nouvel opus frappe fort. Gabriel Yacoub mène mieux que jamais son chemin de passeur-poète de la simplitude. Et si, musicalement, il ne se réinvente plus, comme il l’avait si bien fait dans QUATRE ou BABEL, ses mots n’ont jamais été aussi personnels et puissants. Après plus de 35 ans de carrière, Yacoub a toujours dans sa besace des pépites brûlantes comme « Souvenirs oubliés » ou « Le feu ». Il se met à nu dans l’introspectif « Un jour je me suis fait poète », dénonce avec subtilité la bêtise de Bush dans « Il aurait dû » et nous offre une de ses plus belles chansons avec « Elle disait ». Enfin, je voulais souligner aussi l’apport de ses fidèles compagnons de route. Tout d’abord, il y a le magicien Gilles Chabenat (vielle à roue électroacoustique) qui multiplie les timbres et les réponses sans jamais nous lasser et glisse entre les cordes du maître un « Héron » royal. Et puis, il faut reconnaître le talent du bassiste Yannick Hardouin qui assure aussi les parties de piano (Mention spéciale pour la belle suite d’accords sur « La bougie »).

Pour terminer, je vous recommande toute la discographie de Gabriel Yacoub (en commençant peut-être par BEL et QUATRE) et celle de Malicorne en parallèle (en commençant par ALMANACH). Ce sont là deux voyages d’une richesse intérieure et d’une beauté insoupçonnables dont on ne revient pas indemne. Merci Gabriel et sa sarabande.

mai 28, 2008 at 9:02
Salut!
quelques mots pour dire à un amateur de Gabriel que le spectacle, hier soir, au café de la danse était un de ces moments de simplicité, de beauté mélangée de pudeur avec tout de même des partages d’intimité auxquels ne nous a pas habitué GY. Un concert d’une grande simplicité ou une veillée extraordinaire ? A l’image de son nouveau disque, assez surprenant pour demander un effort à l’auditeur (même averti) et avec suffisamment de clés pour y faire sa place.
juillet 4, 2008 at 1:02
Et bien, mon cher Guillaume D,
l’album de Yacoub est superbe! Vraiment, quelle découverte. C’est mon coup de coeur de cet été 2008. Ca fait du bien d’entendre de la chanson française avec une telle recherche mélodique et harmonique. C’est vrai qu’il développe moins l’aspect musical qu’avant, avec malicorne par exemple (où ça virait presque au folk progressif), mais c’était une autre époque. je trouve que justement, il va ici droit à l’essentiel: un texte et une musique. J’ai ressenti des émotions comme il y a 15 ans, lorsque j’ai commencé à écouter du sheller. Et plus on écoute, plus on l’aime, ce disque.
Superbe!
Guillaume L