C’est dans un cabaret bruxellois que j’ai entendu pour la première fois Gaël Marlier, la guitare folk en bandoulière. Excellent guitariste au picking assuré, chanteur à la voix profonde qui vient de l’intérieur, dès les premières chansons, il a su me transporter ailleurs. Là où peu d’artistes francophones osent s’aventurer : dans un folk soyeux qui raconte des histoires d’hommes et de voyages, et qui puise ses mots, pour la forme, dans le chaudron de la poésie des chansons traditionnelles. On pense bien sûr au pionnier du genre : Gabriel Yacoub. C’est une évidence ! Gaël Marlier s’inscrit clairement dans le sillon du folk singer français. Il a su intégrer ses intonations vocales et ses mélodies sont de la même veine. Celui qui fut jadis leader de Malicorne ne doit pas s’inquiéter pour sa relève. Car Gaël possède un talent et une force d’inspiration qui le font entrer directement dans le cercle restreint de ceux qui peuvent le mieux débroussailler ce terrain encore vague pour le plus grand nombre. Pour autant, cette continuité ne l’empêche pas de prendre son propre chemin et d’être un vrai trouveur. C’est sans doute dans les thèmes abordés et dans sa personnalité d’auteur qu’il se démarque le plus du sorcier Yacoub.

A la fin d’un concert, j’ai pu me procurer sa dernière démo huit titres sobrement intitulée « Aller simple ». Et là, ce fut la deuxième claque. J’étais loin d’imaginer la forêt qui se cachait derrière cet arbre chantant seul. Pour l’occasion, Gaël a su s’entourer d’une rythmique solide et inventive tenue par Luc Evens à la basse et Renaud Van Hooland à la batterie. Du coup, ses ballades prennent un envol inattendu, flirtant avec des sonorités plus rock par moments. Il surprend encore en nourrissant ses chansons de couleurs très personnelles grâce à des chœurs qui semblent sortir de la brume et des trompettes à la Goran Bregovic. Enfin, il a invité Julien de Borman (de Turdus Philomelos) qui pose ici et là des touches d’accordéon diatonique bien senties.
Après une écoute attentive des textes, on s’aperçoit qu’un fil relie les chansons. Révolté contre l’hypocrisie et l’égoïsme d’une Europe qui s’ignore, traumatisé par les trop nombreuses catastrophes écologiques, Gaël se prépare à un grand voyage sans retour, initiatique et poétique. Comme une obsession, il exprime ce mal-être dans une bonne moitié des titres (« Où irons-nous ? », « De plus en plus chaud » ou encore « Fuir »). Pour se retrouver, il prévoit d’aller à la rencontre de ses origines, sur la route des gens du voyage (« Nous partirons »). Mais sa quête profonde est aussi ailleurs. Il cherche à grandir tout en préservant la magie de l’enfance comme un trésor (« En panne »). Il veut se purifier d’une vie dissolue, considérant son périple alors comme une retraite qui va l’aider à trouver une paix intérieure (« Vers Rosières »). Enfin, la chanson « Par-dessus » – un tube en puissance – possède une aura sensiblement différente. On y voit notre héros transi courir dans tous les sens à la recherche d’une demoiselle rencontrée quelques jours plus tôt sous la pluie.
Envoûté par cette démo-concept, j’aspire déjà à un album « longue durée » et à des concerts où Gaël serait accompagné par ses musiciens. Un artiste rare que je vous conseille vivement. Je le suivrai donc, sans modération, dans toutes ses pérégrinations.
Plus d’infos sur www.gaelmarlier.be. D’autres titres en écoute sur www.myspace.com/gaelmarlier.