Au pays des merveilles d’Elise Caron…

En octobre 2006, la chanteuse et comédienne Élise Caron sortait Eurydice Bis, son album le plus abouti et le plus personnel. J’avais envie de vous exprimer à quel point cette artiste plurielle m’a chamboulé.

Dans cet album, la diva dévoile tous ses charmes. Sa voix de mezzo-soprano n’a jamais été aussi mystérieuse et familière. Elle retrouve Denis Chouillet qui lui a concocté des arrangements subtils et lumineux. Le jeu intemporel du piano éthéré de ce complice des premières heures est nourri des basses secrètes et rugissantes de Sylvain Daniel et Daniel Diaz ainsi que de la clarinette clairvoyante de Bruno Sansalone. Si cet album est indéniablement nourri des influences de l’artiste (chanson, jazz, classique et musique contemporaine), il s’en dégage quelque chose de magique et d’insaisissable. Quant aux textes, ils possèdent une grâce inouïe. Et si on pense à Apollinaire, Queneau ou encore à Rebotier, il est évident que la dame détient un langage empreint d’une féminitude poétique bien à elle.

L’album commence en prière. Élise implore Dieu de redescendre pour sauver cette terre tombée en enfer et qu’elle voudrait voir retomber en enfance. Elle embraye en exposant la petite philosophie d’une prostituée, sorte de Marie-Madeleine moderne (Marie Mad), dans un chant poignant des plus grinçants. La douceur arrive avec la chanson Eurydice Bis où elle revisite le mythe de la nymphe des arbres. Puis vient le temps d’évoquer ces Vicissitudes qui nous éloignent de la pureté de l’enfance. Ensuite, Élise entre dans la peau d’une Fleur empotée et rempotée : celle qu’on effleure ou celle qu’on déflore ? Et quand elle se confie, c’est pour chanter ses plus belles Rides au travers d’une ode mortuaire mystique et apaisée. Ici, l’arpège du piano mêlé à la voix la plus pure tend à clouer l’auditeur sur place. Dans Entre nous deux, elle cherche à savoir ce qu’il y a entre l’âme et l’animal qui sommeille en nous. L’arbre, chanson géniale et logique, et l’instrumental Sisyphe ouvrent une fenêtre sur l’autre souffle de la chanteuse : la flûte traversière. Et puis sa chambre s’envole pour un fabuleux voyage onirique qui termine sa course chez La boulangère, morceau parodique et jouissif. Enfin, on repasse de l’autre côté du miroir en écoutant le bonheur fragile d’une Eurydice qui a retrouvé son amant.

 

Au sortir du pays des merveilles d’Élise, on se sent différent, riche d’une expérience rare et unique. Sculpté pendant des années avec amour et intelligence, cet album est celui d’une femme-oiseau migrateur qui a su trouver son arbre et qui a exploré chaque recoin d’elle-même pour mieux les partager. Un univers complexe, mais accessible, qui nous remplit tant que l’on acquiert la certitude d’y replonger toujours avec plaisir.

 

En outre, je vous recommande vivement deux autres albums de la demoiselle.

Tout d’abord, il y a ce disque où Elise étale ses talents de chanteuse-conteuse : Chansons pour les petites oreilles (Chant du monde, 2003). Si ce bel album cartonné est destiné aux enfants, il parle tout autant au cœur de ceux qui ont gardé une part d’enfance.

Et puis, plongez vous dans l’album que le saxophoniste de jazz Jean-Rémy Guédon et son ensemble Archimusic ont écrit pour elle : Sade Songs (Chant du monde, 2006). À partir de textes du Marquis de Sade, Guédon écrit un conte musical pour adultes qui oscille entre jazz et musique contemporaine et d’où émanent par moments quelques soli. Ici, Élise déstabilise en choisissant une voix malicieuse et tranquillement inquisitrice. Sur scène, ce chaudron d’originalité devient un théâtre d’ombres chinoises sorties de l’imagination de l’illustrateur Stéphane Blanquet. Un univers dantesque et burtonesque où notre héroïne, entourée de huit musiciens, campe avec jubilation son personnage.

 

Pour les motivés, la discographie complète

Pour les oreilles et pour les yeux aussi

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Une réflexion sur “Au pays des merveilles d’Elise Caron…

  1. Si je ne m’abuse, c’est Elise Caron qui doublait vocalement Virginie Ledoyen dans « Jeanne et le garçon formidable » et qui y allait de ses jolies vocalises dans la série d’animation « Le Kamasutra » de Lyonel Kouro.

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